Comment prouver par un calcul que deux droites sont perpendiculaires ? Comment trouver un angle quand on ne connait que des longueurs ? Comment mesurer la distance entre deux points que l'on ne peut pas relier ? Un seul outil répond à ces questions : le produit scalaire, un nombre calculé à partir de deux vecteurs.
Ce chapitre le définit par la projection orthogonale, puis par le cosinus. Il établit ses règles de calcul, sa formule en coordonnées et sa formule avec des normes. Il en tire deux résultats à savoir démontrer : la formule d'Al-Kashi, qui prolonge le théorème de Pythagore à tous les triangles, et le cercle de diamètre [AB], ensemble des points M tels que MA⋅MB=0. Tout se passe dans le plan.
Comme à l'épreuve anticipée, tout se fait ici sans calculatrice. Les valeurs du cosinus vues au chapitre 8 sont utilisées sans cesse. Les encadrés « Automatisme » signalent ce qu'il faut savoir faire sans hésiter.
Un vecteur est donné par une direction, un sens et une longueur. Deux vecteurs qui ont les trois en commun sont égaux : on peut donc déplacer un vecteur sans le changer.
Relation de Chasles : pour tous points A, B, C, AB+BC=AC.
Parallélogramme : si ABCD est un parallélogramme, AB+AD=AC.
Milieu :I est le milieu de [AB] si et seulement si IA+IB=0.
Produit par un réel :ku a la direction de u. Son sens est celui de u si k>0, le sens contraire si k<0, et sa norme vaut ∣k∣×∥u∥.
Colinéarité :u et v sont colinéaires lorsque l'un est le produit de l'autre par un réel.
1.2 Coordonnées et norme
Dans un repère orthonormé, si A(xA;yA) et B(xB;yB), alors AB(xB−xA;yB−yA).
La longueur d'un vecteur s'appelle sa norme. Pour u(x;y), le théorème de Pythagore donne
∥u∥=x2+y2.
En particulier, AB=∥AB∥.
Deux vecteurs u(x;y) et v(x′;y′) sont colinéaires si et seulement si leur déterminant xy′−x′y est nul.
Exemple 1. Avec A(1;2) et B(4;6), on a AB(3;4), donc AB=9+16=5. Le milieu de [AB] a pour coordonnées (25;4).
Exemple 2. Les vecteurs u(2;−3) et v(−6;9) sont colinéaires : 2×9−(−6)×(−3)=18−18=0. D'ailleurs, v=−3u.
1.3 Angle de deux vecteurs
Pour voir l'angle de deux vecteurs non nuls, on les dessine à partir d'un même point. Si u=AB et v=AC, leur angle est l'angle géométriqueBAC. Il est compris entre 0 et π radians, soit entre 0∘ et 180∘, et il n'a pas de sens de rotation.
Attention. Dans un triangle équilatéral ABC, les vecteurs AB et BC se suivent : ils ne partent pas du même point. En reportant BC au point A, on voit que leur angle vaut 120∘, et non 60∘.
Le chapitre 8 donne le cosinus de ces angles. Pour rappel, cos(π−x)=−cosx.
θ
0
6π
4π
3π
2π
32π
43π
65π
π
en degrés
0∘
30∘
45∘
60∘
90∘
120∘
135∘
150∘
180∘
cosθ
1
23
22
21
0
−21
−22
−23
−1
Le cosinus est positif si l'angle est aigu, et négatif s'il est obtus.
1.4 Projeté orthogonal
Définition. Soit d une droite et M un point. Le projeté orthogonal de M sur d est le point H de d tel que (MH)⊥d. Si M est sur d, alors H=M.
Image utile : sous une lumière qui tombe perpendiculairement à d, le point H est l'ombre de M. L'ombre d'un segment [MN] est le segment qui joint les projetés de M et de N.
1.5 La plus courte distance
Soit H le projeté orthogonal de M sur d, et N un autre point de d. Le triangle MHN est rectangle en H, donc
MN2=MH2+HN2>MH2.
Ainsi, H est le point de d le plus proche de M. La distance de M à la droite d est la longueur MH.
1.6 Automatismes de géométrie
Exemple 3 (une hauteur). Soit ABC un triangle équilatéral de côté 6. Le projeté orthogonal de C sur (AB) est le milieu I de [AB], car la hauteur est aussi une médiane. Ainsi AI=3, et dans le triangle AIC rectangle en I :
CI2=36−9=27,doncCI=33.
Le sinus donne le même résultat : CI=6sin3π=33.
Automatisme. Quatre outils reviennent sans cesse, à utiliser sans hésiter.
Repérage : le milieu de [AB] a pour coordonnées (2xA+xB;2yA+yB).
Pythagore : dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est la somme des carrés des deux autres côtés.
Thalès : si M∈[AB], N∈[AC] et (MN)∥(BC), alors ABAM=ACAN=BCMN.
Lignes trigonométriques : dans un triangle rectangle, cosα=hypoteˊnuseadjacent, sinα=hypoteˊnuseopposeˊ, tanα=adjacentopposeˊ.
Leçon 2 : Produit scalaire par la projection orthogonale
Définition. Soit A, B, C trois points, avec A=B, et H le projeté orthogonal de C sur la droite (AB). Le produit scalaire de AB par AC, noté AB⋅AC, est le nombre :
AB⋅AC=AB×AH si H est du même côté de A que B ;
AB⋅AC=−AB×AH si H est de l'autre côté de A ;
AB⋅AC=0 si H=A.
Si AB ou AC est nul, on convient que le produit scalaire vaut 0.
Il se lit « AB scalaire AC ». On multiplie la longueur de AB par celle de l'ombre de AC sur la droite (AB), avec un signe qui compare leurs sens.
Exemple 4. Si AB=5, AH=3 et H est du côté de B, alors AB⋅AC=15. Si AB=5, AH=2 et H est de l'autre côté, alors AB⋅AC=−10.
2.2 Le signe
Faisons tourner C autour de A, à distance constante. Tant que l'angle BAC est aigu, le produit scalaire est positif. Il est nul à l'angle droit. Il est négatif quand l'angle est obtus. Avec AB=5 et AC=4, il va de 20, quand C est sur la demi-droite [AB), à −20, quand C est à l'opposé.
2.3 Deux vecteurs quelconques
Pour deux vecteurs u et v, on choisit des points A, B, C tels que u=AB et v=AC, et on pose u⋅v=AB⋅AC. Le résultat ne dépend pas du point A choisi : déplacer la figure ne change ni les longueurs ni les sens.
Règle pratique. Pour calculer AB⋅CD, on projette C et D sur (AB), en C′ et D′. Alors
AB⋅CD=±AB×C′D′,
avec le signe plus si AB et C′D′ ont le même sens, et le signe moins sinon.
2.4 Calculs sur un carré
Exemple 5. Soit ABCD un carré de côté 4 et de centre O.
AB⋅AC=4×4=16, car le projeté de C sur (AB) est B.
AB⋅AD=0, car le projeté de D est A.
AB⋅DC=16 : D se projette en A, C en B, et le sens est le même.
AB⋅CD=−16 : les sens sont contraires.
AB⋅AO=4×2=8, car O se projette au milieu de [AB].
2.5 Un peu d'histoire
La notion de vecteur était implicite en mécanique depuis Galilée, et elle a mis longtemps à prendre sa forme actuelle. Elle apparait chez Leibniz, au cours de ses recherches sur l'élaboration d'un calcul des variations. Le XIXe siècle voit l'élaboration conjointe de ce qui deviendra le produit scalaire et de la notion de travail en physique.
Leçon 3 : Formule avec le cosinus, caractérisation de l'orthogonalité
Soit u=AB et v=AC deux vecteurs non nuls, et θ leur angle.
Si θ est aigu,H est du côté de B et le triangle AHC est rectangle en H. Donc AH=ACcosθ, et
AB⋅AC=AB×AH=AB×AC×cosθ.
Si θ est obtus,H est de l'autre côté de A, et l'angle en A du triangle AHC mesure π−θ. Donc AH=ACcos(π−θ)=−ACcosθ, et
AB⋅AC=−AB×AH=AB×AC×cosθ.
La formule reste vraie pour θ=2π, où tout est nul, et pour θ=0 ou θ=π, où H=C.
Propriété. Pour deux vecteurs non nuls, d'angle θ :
u⋅v=∥u∥×∥v∥×cosθ.
3.2 Symétrie et carré scalaire
La formule ne dépend pas de l'ordre des vecteurs : u⋅v=v⋅u. On dit que le produit scalaire est symétrique.
Avec v=u, l'angle vaut 0 et son cosinus vaut 1. Donc
u⋅u=∥u∥2,
ce qu'on appelle le carré scalaire de u. En particulier, AB⋅AB=AB2.
3.3 Calculs
Exemple 6. Si ∥u∥=4, ∥v∥=5 et θ=3π, alors u⋅v=4×5×21=10. Avec θ=43π, on obtient 20×(−22)=−102.
Exemple 7. Dans un triangle équilatéral ABC de côté 4, AB⋅AC=4×4×21=8. Mais AB et BC se suivent : leur angle vaut 32π, et AB⋅BC=4×4×(−21)=−8.
3.4 Trouver un angle
Pour deux vecteurs non nuls :
cosθ=∥u∥×∥v∥u⋅v.
Exemple 8. Si u⋅v=6, ∥u∥=2 et ∥v∥=32, alors cosθ=626=21=22. Comme θ∈[0;π], on a θ=4π.
3.5 Orthogonalité
Définition. Deux vecteurs non nuls sont orthogonaux lorsque leur angle vaut 2π. Par convention, le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur. On note u⊥v.
Propriété (caractérisation de l'orthogonalité).u⊥v⟺u⋅v=0.
C'est une équivalence, il y a deux sens à justifier.
Si u et v sont orthogonaux, soit l'un d'eux est nul et le produit vaut 0 par convention, soit cosθ=0 et le produit est nul.
Si u⋅v=0, soit l'un des vecteurs est nul, soit cosθ=0, ce qui donne θ=2π puisque θ∈[0;π].
Méthode. Pour démontrer que deux droites (AB) et (CD) sont perpendiculaires, on montre que AB⋅CD=0.
3.6 Le travail d'une force
En physique, le travail d'une force constante F lors d'un déplacement de A à B est le produit scalaire W=F⋅AB, en joules si la force est en newtons et la distance en mètres.
Exemple 9 (la valise). On tire une valise sur 10 mètres, avec une force de 30 newtons inclinée de 60∘ par rapport au sol. Alors W=30×10×cos60∘=150 joules. Seule l'ombre de la force, 30×21=15 newtons vers l'avant, fait avancer la valise. L'autre partie est orthogonale au déplacement : elle ne travaille pas.
Propriété. Pour tous vecteurs u, v, w et pour tout réel k :
symétrie :u⋅v=v⋅u ;
somme :(u+v)⋅w=u⋅w+v⋅w ;
réel :(ku)⋅v=k(u⋅v).
Grâce à la symétrie, ces règles valent aussi à droite du point : u⋅(v+w)=u⋅v+u⋅w et u⋅(kv)=k(u⋅v). On dit que le produit scalaire est bilinéaire.
4.2 D'où viennent ces règles
Le réel. Soit u et v non nuls, d'angle θ, et k=0. Si k>0, ku a le sens de u : l'angle ne change pas et la norme est multipliée par k. Si k<0, le sens s'inverse : l'angle devient π−θ, et la norme de ku vaut −k∥u∥. Alors
(ku)⋅v=(−k)∥u∥×∥v∥×cos(π−θ)=(−k)∥u∥×∥v∥×(−cosθ)=k(u⋅v).
La somme. Regardons les ombres sur une droite dirigée par w, orientée dans le sens de w. On pose u=AC avec A sur la droite, puis v=CD, de sorte que u+v=AD. Soit H et K les projetés de C et de D. L'ombre de u va de A à H, celle de v de H à K, celle de u+v de A à K. Comptées avec leur signe, positif dans le sens de w et négatif sinon, ces mesures s'ajoutent : AK=AH+HK. En multipliant par ∥w∥, on obtient la règle.
4.3 Développer
On développe comme avec des nombres. Il faut seulement garder le point entre deux vecteurs.
Exemple 10.(2u+v)⋅(u−3v)=2u⋅u−6u⋅v+v⋅u−3v⋅v=2∥u∥2−5u⋅v−3∥v∥2.
Si ∥u∥=3, ∥v∥=2 et u⋅v=−1, on trouve 18+5−12=11.
4.4 Chasles, puis développement
La relation de Chasles découpe les vecteurs en morceaux dont les produits sont simples.
Exemple 11 (les diagonales d'un rectangle). Soit ABCD un rectangle avec AB=4 et AD=3. On a AC=AB+AD et BD=AD−AB. En développant, les termes AB⋅AD se compensent :
AC⋅BD=AD2−AB2=9−16=−7.
Les diagonales mesurent 5, donc le cosinus de l'angle de ces deux vecteurs vaut 5×5−7=−257.
4.5 Les diagonales d'un parallélogramme
Dans un parallélogramme de côtés u et v, les diagonales sont dirigées par u+v et u−v. Or
(u+v)⋅(u−v)=∥u∥2−∥v∥2.
Ce produit est nul si et seulement si les deux normes sont égales. Les diagonales d'un parallélogramme sont perpendiculaires si et seulement si c'est un losange.
4.6 Attention : pas de simplification
Attention. Si u⋅v=u⋅w, on ne peut pas simplifier par u. On sait seulement que u⋅(v−w)=0, c'est-à-dire que u est orthogonal à v−w. Dans un carré ABCD, AB⋅AC=AB⋅AB, et pourtant AC=AB.
Leçon 5 : En base orthonormée : expression, norme, critère d'orthogonalité
Une base orthonormée est un couple (,) de vecteurs orthogonaux et de norme 1. Alors
⋅=1,⋅=1,⋅=0.
Dire que u a pour coordonnées (x;y) signifie que u=x+y.
5.2 Expression du produit scalaire
Propriété. Dans une base orthonormée, si u(x;y) et v(x′;y′), alors
u⋅v=xx′+yy′.
Démonstration. Par bilinéarité,
u⋅v=(x+y)⋅(x′+y′)=xx′⋅+xy′⋅+yx′⋅+yy′⋅=xx′+yy′.
5.3 Norme et critère d'orthogonalité
Avec v=u, on obtient ∥u∥2=u⋅u=x2+y2, soit ∥u∥=x2+y2. C'est la formule de la leçon 1.
Critère d'orthogonalité.u⊥v⟺xx′+yy′=0.
Attention. Ne confonds pas ce critère avec celui de la colinéarité. Orthogonaux : xx′+yy′=0. Colinéaires : xy′−x′y=0.
Le vecteur de coordonnées (−b;a) est orthogonal à celui de coordonnées (a;b), puisque a×(−b)+b×a=0.
5.4 Calculs
Exemple 12. Soit u(3;−2), v(4;1) et w(2;3). Alors u⋅v=12−2=10 et u⋅w=6−6=0 : u et w sont orthogonaux.
Exemple 13 (avec un paramètre). Pour quels réels m les vecteurs de coordonnées (m;2) et (m−5;3) sont-ils orthogonaux ? On résout m(m−5)+6=0, soit m2−5m+6=0. Les racines ont pour somme 5 et pour produit 6 : m=2 ou m=3.
5.5 Calculer un angle
Exemple 14. Soit u(1;3) et v(2;1). Alors u⋅v=2+3=5, ∥u∥=10 et ∥v∥=5. Donc
cosθ=10×55=525=22,soitθ=4π.
5.6 Un plan de vigne
Exemple 15. Sur un plan de vigne, l'unité vaut 10 mètres. Une parcelle a pour sommets A(1;1), B(7;4) et C(0;3). On a AB(6;3) et AC(−1;2), donc AB⋅AC=−6+6=0 : le coin en A est droit. De plus, AB=35 et AC=5. L'aire vaut 21×35×5=7,5 unités d'aire, soit 750 mètres carrés.
Leçon 6 : Coordonnées d'un vecteur et produits scalaires
Propriété. Dans une base orthonormée (,), si u(x;y), alors
x=u⋅ety=u⋅.
Autrement dit, u=(u⋅)+(u⋅).
Démonstration.u⋅=(x+y)⋅=x⋅+y⋅=x. De même, u⋅=y.
6.2 Deux ombres
Comme ∥∥=1, le nombre u⋅ est la mesure de l'ombre de u sur l'axe de , comptée avec son signe. De même pour u⋅. Les coordonnées d'un vecteur sont les mesures de ses deux ombres.
6.3 Une autre base orthonormée
La propriété vaut dans toute base orthonormée (e1,e2) : on peut lire un vecteur dans les directions qui comptent.
Exemple 16. Soit e1(54;53) et e2(−53;54), données dans la base (,). Alors
e1⋅e1=2516+259=1,e2⋅e2=259+2516=1,e1⋅e2=−2512+2512=0.
C'est bien une base orthonormée, tournée par rapport à la première.
6.4 Le vent sur la piste
Exemple 17. Sur un aérodrome, e1 suit la piste et e2 lui est perpendiculaire. Dans la base (,), où pointe vers l'est et vers le nord, le vent est w(10;5), en mètres par seconde. Dans la base de la piste :
w⋅e1=10×54+5×53=8+3=11,w⋅e2=10×(−53)+5×54=−6+4=−2.
Le vent fait donc 11 mètres par seconde le long de la piste et 2 mètres par seconde en travers : w=11e1−2e2.
Contrôle.11×54−2×(−53)=544+56=10 et 11×53−2×54=533−58=5. La norme ne dépend pas de la base : 112+22=125=102+52.
6.5 Avec le cercle trigonométrique
Pour tout réel θ, les vecteurs e1(cosθ;sinθ) et e2(−sinθ;cosθ) forment une base orthonormée, car cos2θ+sin2θ=1 et e1⋅e2=0.
Exemple 18. Avec θ=3π et u(2;0) : u⋅e1=2cos3π=1 et u⋅e2=−2sin3π=−3. Dans cette base, u a pour coordonnées (1;−3).
Leçon 7 : Développements et produit scalaire à l'aide de normes
Comme ∥u∥2=u⋅u, la bilinéarité et la symétrie donnent :
∥u+v∥2=∥u∥2+2u⋅v+∥v∥2,∥u−v∥2=∥u∥2−2u⋅v+∥v∥2,(u+v)⋅(u−v)=∥u∥2−∥v∥2.
On reconnait les identités remarquables, mais le double produit est ici un produit scalaire.
7.2 Le produit scalaire à l'aide de normes
En isolant u⋅v :
u⋅v=21(∥u+v∥2−∥u∥2−∥v∥2)=21(∥u∥2+∥v∥2−∥u−v∥2).
Exemple 19. Si ∥u∥=3, ∥v∥=5 et ∥u+v∥=7, alors u⋅v=21(49−9−25)=215.
7.3 Dans un triangle
Avec u=AB et v=AC, on a u−v=CB. Donc, dans tout triangle ABC :
AB⋅AC=21(AB2+AC2−BC2).
Exemple 20. Si AB=4, AC=6 et BC=8, alors AB⋅AC=21(16+36−64)=−6. Le produit est négatif : l'angle en A est obtus.
7.4 Le théorème de Pythagore
u⊥v⟺u⋅v=0⟺∥u+v∥2=∥u∥2+∥v∥2.
Grâce aux mots « si et seulement si », le théorème de Pythagore et sa réciproque sont démontrés d'un seul coup.
Exemple 21 (la corde à treize nœuds). Un maçon veut tracer un angle droit sans équerre. Il prend une corde à treize nœuds régulièrement espacés, soit douze intervalles égaux, et la referme en triangle de côtés 3, 4 et 5 intervalles. Au sommet entre les côtés 3 et 4, le produit scalaire vaut 21(9+16−25)=0 : l'angle est droit.
7.5 Le parallélogramme
En ajoutant les deux premiers développements, le double produit disparait :
∥u+v∥2+∥u−v∥2=2∥u∥2+2∥v∥2.
Dans un parallélogramme, la somme des carrés des diagonales égale la somme des carrés des quatre côtés.
Exemple 22. Un parallélogramme a des côtés de longueurs 3 et 5, et une diagonale de longueur 7. L'autre diagonale d vérifie d2+49=2×9+2×25=68, soit d2=19 et d=19.
Dans un triangle ABC, on note a=BC, b=AC et c=AB : chaque côté porte le nom du sommet opposé.
Théorème (formule d'Al-Kashi).a2=b2+c2−2bccosA.
En échangeant les lettres : b2=a2+c2−2accosB et c2=a2+b2−2abcosC.
8.2 La démonstration (à connaitre)
D'après la relation de Chasles, BC=BA+AC=AC−AB. Donc
BC2=∥AC−AB∥2=AC2−2AC⋅AB+AB2.
Or AC⋅AB=AC×AB×cosA. En remplaçant, on obtient a2=b2+c2−2bccosA.
8.3 Un Pythagore corrigé
Le terme −2bccosA est la correction apportée au théorème de Pythagore.
Si l'angle en A est droit, le cosinus est nul : a2=b2+c2.
S'il est obtus, le cosinus est négatif : a2>b2+c2.
S'il est aigu, le cosinus est positif : a2<b2+c2.
Comme bc=0, on a a2=b2+c2 si et seulement si cosA=0, c'est-à-dire si et seulement si l'angle en A est droit. On retrouve le théorème de Pythagore et sa réciproque.
8.4 Calculer une longueur
Exemple 23 (régate). Sur un parcours de régate, la bouée A est à 800 mètres de la bouée C et à 500 mètres de la bouée B, et l'angle en A mesure 60∘. En hectomètres, b=8 et c=5 :
a2=82+52−2×8×5×cos60∘=89−40=49.
Donc a=7 : les bouées B et C sont à 700 mètres l'une de l'autre.
8.5 Calculer un angle
On isole le cosinus :
cosA=2bcb2+c2−a2.
Exemple 24 (une ferme de toit). Une ferme de toit a deux versants de 3 mètres et de 5 mètres, pour une largeur de 7 mètres. Avec a=7, b=3 et c=5 :
cosA=2×3×59+25−49=30−15=−21.
L'angle au faitage mesure 120∘, soit 32π radians.
8.6 Aigu ou obtus ?
Sans calculer l'angle, cosA a le signe de b2+c2−a2. Le plus grand angle est en face du plus grand côté : on prend ce côté pour a.
Côtés
b2+c2
a2
Plus grand angle
3, 4, 5
9+16=25
25
droit
4, 5, 6
16+25=41
36
aigu
5, 6, 8
25+36=61
64
obtus
Leçon 9 : Transformation de MA · MB et cercle de diamètre [AB]
Propriété. Soit A et B deux points, I le milieu de [AB] et M un point quelconque. Alors
MA⋅MB=MI2−4AB2.
Démonstration. On a MA=MI+IA et MB=MI+IB. Comme I est le milieu de [AB], IB=−IA. Donc
MA⋅MB=(MI+IA)⋅(MI−IA)=MI2−IA2=MI2−4AB2.
9.2 Le théorème (démonstration à connaitre)
Théorème. L'ensemble des points M tels que MA⋅MB=0 est le cercle de diamètre [AB].
Démonstration. D'après la transformation,
MA⋅MB=0⟺MI2=4AB2⟺MI=2AB,
la dernière équivalence venant de ce que les longueurs sont positives. Les points cherchés sont donc ceux qui sont à la distance 2AB de I : c'est le cercle de centre I et de rayon 2AB, c'est-à-dire le cercle de diamètre [AB]. Chaque étape étant une équivalence, tous les points du cercle conviennent, et eux seuls.
9.3 L'angle droit
Si M est différent de A et de B, le produit scalaire MA⋅MB est nul si et seulement si l'angle AMB est droit. Donc le triangle AMB est rectangle en M si et seulement si M est sur le cercle de diamètre [AB]. Cette caractérisation semble remonter à Thalès.
9.4 La fresque
Exemple 25. Une fresque de 6 mètres est peinte sur un mur. Pour la voir sous un angle droit, il faut se placer sur le demi-cercle de diamètre [AB] devant le mur, de rayon 3 mètres. Ici, MA⋅MB=MI2−9. Plus près du mur, MI<3 : le produit est négatif et l'angle AMB est obtus. Plus loin, MI>3 : le produit est positif et l'angle est aigu.
9.5 Pour une autre valeur
Pour un réel k, l'égalité MA⋅MB=k équivaut à MI2=k+4AB2. On obtient un cercle de centre I si ce nombre est strictement positif, le point I s'il est nul, et aucun point s'il est strictement négatif.
Exemple 26. Avec AB=6, on a MA⋅MB=MI2−9.
MA⋅MB=16⟺MI2=25 : cercle de centre I et de rayon 5.
MA⋅MB=−9⟺MI2=0 : le point I.
MA⋅MB=−12⟺MI2=−3 : aucun point.
Leçon 10 : Choisir une méthode, résoudre un problème géométrique
Exemple 27. Soit A(0;0), B(4;0) et C(1;3). Calculons AB⋅AC.
Projection :C se projette en H(1;0), du côté de B : AB×AH=4×1=4.
Coordonnées :4×1+0×3=4.
Cosinus :AC=10 et cosA=ACAH=101, donc 4×10×101=4.
Normes :BC2=9+9=18, donc 21(16+10−18)=4.
10.2 Une règle de choix
Ce que l'on a
Méthode
Un angle droit, un pied de hauteur
projection
Deux longueurs et l'angle entre elles
cosinus
Les trois côtés
normes
Un repère, ou un repère facile à placer
coordonnées
Rien de tout cela
Chasles, puis développement
10.3 Montrer que deux droites sont perpendiculaires
Exemple 28.ABCD est un carré de côté 2, I est le milieu de [AB] et J le milieu de [BC]. Montrons que (DI)⊥(AJ).
Sans repère. On découpe : DI=DA+AI et AJ=AB+BJ. En développant :
DI⋅AJ=DA⋅AB+DA⋅BJ+AI⋅AB+AI⋅BJ=0−2+2+0=0.
En effet, DA et BJ sont colinéaires de sens contraires, de longueurs 2 et 1, tandis que AI et AB ont le même sens.
Avec un repère. On prend A(0;0), B(2;0) et D(0;2). Alors I(1;0) et J(2;1), donc DI(1;−2) et AJ(2;1), et DI⋅AJ=2−2=0.
Il faut savoir faire les deux : un énoncé sans repère demande souvent un calcul vectoriel.
10.4 Calculer une longueur
Exemple 29. Dans un triangle ABC, AB=4, AC=6 et A=60∘. Soit I le milieu de [BC]. Alors 2AI=AB+AC. En passant au carré :
4AI2=AB2+AC2+2AB⋅AC=16+36+2×12=76,
car AB⋅AC=4×6×cos60∘=12. Donc AI2=19 et AI=19.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
Définition : si H est le projeté orthogonal de C sur (AB), AB⋅AC=±AB×AH, plus si H est du côté de B, moins sinon.
Cosinus : u⋅v=∥u∥×∥v∥×cosθ, et u⋅u=∥u∥2.
Orthogonalité : u⊥v⟺u⋅v=0.
Bilinéarité, symétrie : on développe comme avec des nombres, mais on ne simplifie pas par un vecteur.
Base orthonormée : u⋅v=xx′+yy′, ∥u∥=x2+y2, u⊥v⟺xx′+yy′=0, x=u⋅ et y=u⋅.
Normes : ∥u±v∥2=∥u∥2±2u⋅v+∥v∥2 et AB⋅AC=21(AB2+AC2−BC2).
Démonstrations à connaitre : formule d'Al-Kashi, a2=b2+c2−2bccosA ; ensemble des points M tels que MA⋅MB=0, le cercle de diamètre [AB].
Transformation : MA⋅MB=MI2−4AB2, où I est le milieu de [AB].
Méthode : regarder les données avant de calculer. Projection, cosinus, normes, coordonnées, ou Chasles puis développement.
Rituel d'automatismes
Douze questions à réponses courtes, sans calculatrice, à faire en dix minutes environ : six sur ce chapitre, six sur des automatismes déjà travaillés. C'est le format de la première partie de l'épreuve anticipée. Télécharger le rituel du chapitre 9 (PDF, avec son corrigé).
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